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22 mars 2017

Un ex-diplomate iranien sur une chaine de télévision : "S'il a la bombe, l'Iran l'utilisera contre Israël"



Un diplomate iranien qui a fait défection en Norvège en 2010 a mis en garde Israël vendredi  :  si les Iraniens acquièrent la bombe, ils s'en serviront contre l’État juif.

Dans une interview avec la chaîne israélienne Channel 2 TV, Mohammad Reza Heydari, l'ancien consul d'Iran à Oslo, qui a démissionné et a obtenu l'asile politique, il ya trois ans, a déclaré que "Si l'Iran a encore du temps, il va acquérir les connaissances nécessaires pour construire une bombe nucléaire dans l'année ». Interrogé pour savoir si il utiliserait la bombe contre Israël, il a dit:« Si l'Iran arrive au point où il a une bombe atomique, il  l'utilisera certainement contre Israël ou tout autre pays ennemi ».
Heydari - qui a fait défection peu de temps après qu'on lui ait demandé d'identifier son fils dans les photos prises au cours des manifestations qui ont suivi l'élection de 2009, dans laquelle le président Mahmoud Ahmadinejad a été réélu - dit que le régime de Téhéran vise à développer deux ou trois bombes. Il verrait les armes nucléaires comme une «assurance» pour garantir sa survie.
Les dirigeants du régime "croient que quand ils auront une bombe nucléaire, les autres commenceront à se comporter à leur égard comme ils le font vers la Corée du Nord", a déclaré M. Heydari. "C'est un fait acquis que, la façon de penser dominante là-bas est de protéger leur propre sécurité, et celle de personne d'autre", a-t-il ajouté.
"Ils ont fait une affaire personnelle de se préparer idéologiquement à l'arrivée de "l'imam caché", et il préparent le terrain de façon pratique pour cela ; dans ce but, ils sont prêts à verser beaucoup de sang et à détruire de nombreux pays".

Heydari, qui était auparavant en poste à "Téhéran Imam Khomeini International Airport" en tant que représentant du ministère iranien des Affaires étrangères, a déclaré que, pendant qu'il y travaillait, il a remarqué que les groupes du Hezbollah venaient en Iran acquérir une formation et  la ramener au Liban, sous les auspices de les Gardiens de la Révolution. Il a dit que le Hezbollah a eu des contacts avec des groupes terroristes en Irak et en Afghanistan, ainsi que les Talibans et Al-Qaïda, avec lequel il avait des liens étroits.
Heydari, qui a ensuite servi en tant que diplomate iranien en Géorgie, en Allemagne et enfin en Norvège, a dit qu'il savait que des avions civils arrivaient d'Amérique du Sud, sans passagers mais avec des armes et du matériel pour le programme nucléaire. Il a parlé au cours de l'entretien de l'uranium acheté par le  Venezuela  et transporté vers l'Iran.
"Le Venezuela pourrait acheter de l'uranium à partir d'un autre pays, et après cela, il l'envoie en Iran par des vols civils", a déclaré M. Heydari. Il a suggéré que l'uranium ait été acheté à "la Mafia."
Il a également dit qu'il avait été contacté lorsqu'il servait comme diplomate, pour tenter de recruter des scientifiques occidentaux, en leur promettant de gros salaires, et qu'il avait personnellement organisé la venue en Iran de dizaines de personnels nord-coréens du nucléaire.  Il a dit que l'Iran a utilisé le courrier diplomatique pour importer des documents relatifs à son programme nucléaire.
 
"Si les Etats-Unis et les pays occidentaux pensent que l'Iran appartient à l'Axe du Mal, comme Georges W. Bush l'avait dit, et qu'il aide les terroristes internationaux, ils doivent renverser ce régime", a déclaré M. Heydari. Il a dit que, avec de suffisamment fortes sanctions, comme la fermeture de toutes les ambassades iraniennes à l'étranger et l'interdiction de quitter le pays pour les ministres iraniens, sous la menace de leurs arrestations, il serait possible d'aider le peuple." Pour obtenir des résultats, a-t-il dit, l'Iran doit être traité "comme le régime d'apartheid en Afrique du Sud."
 
Heydari a décrit son ascension dans les rangs du Ministère des Affaires étrangères, en disant qu'il était considéré comme fidèle au régime parce qu'il avait participé à la guerre Iran-Irak, et qu'il y avait été blessé. Il a dit que bien qu'il n'était pas lui-même un homme religieux, lui et les autres employés du gouvernement avait été chargés de "faire respecter les principes religieux", de  "prier plusieurs fois par jour, de jeûner quand c'était obligatoire, de se faire pousser sa barbe, et d'être "habillés comme des hommes du Hezbollah."
Il a dit qu'il a progressivement commencé à se rendre compte qu'il n'était pas "seul" - que de nombreux autres employés ministère des Affaires étrangères faisaient semblant d'être religieux et idéologiquement fidèles au régime.
Il a été affecté comme consul en Norvège en 2008. En 2010, il a démissionné et il est resté à Oslo, puisque, dans un endroit strictement surveillé par les autorités norvégiennes.
Au cours de l'entrevue, M. Heydari a affirmé que cinq autres diplomates iraniens - à Bruxelles, Londres, Genève, Milan et Paris - avait fait défection récemment.
 
L'interview a été négocié par une femme juive iranienne qui a immigré en Israël il y a 13 ans, et l'a organisé avec les autorités de sécurité de la Norvège. Elle a eu lieu dans un hôtel d'Oslo ; Heydari avait insisté pour un lieu public. Heydari a reconnu que ses proches restés en Iran lui ont demandé de ne pas s'exprimer publiquement, mais il a dit qu'il se sentait l'impératif de parler, et il n'a eu aucun problème à ce que l'entretien soit visionné en Israël.

TIMES OF ISRAEL 
 25 janvier 2013
Traduction J.Corcos

Nota :

J'avais traduis cet article il y a quatre ans, et il a déjà été publié sur le blog le 25 février 2013.

Depuis, il y a eu bien sûr l'accord sur le nucléaire du 14 juillet 2015. J'ai voulu vous faire partager dans la publication précédente un point de vue plus nuancé, celui de François Heisbourg qui mise sur une "ambigüité" de l'Iran en guise de dissuasion. En contre-point, je me devais aussi de partager, dans ces "mois de l'Iran", ces propos fort inquiétants d'un ex diplomate de la République Islamique.

21 mars 2017

Pourquoi l’Iran ne veut vraiment, véritablement pas la bombe… pour l’instant

François Heisbourg à la conférence 
de l’institut national des études stratégiques à Tel Aviv, en janvier 2016 
 
Téhéran peut semer bien plus de dégâts comme puissance non nucléaire, selon l’expert en prolifération François Heisbourg

Devenir une puissance nucléaire est le rêve de chaque pays. La bombe atomique n’apporte pas seulement du prestige, elle crée aussi de la dissuasion et autorise son propriétaire à lancer des frappes offensives qui pourraient annihiler tout ennemi. C’est pourquoi un état voyou comme l’Iran n’aimerait rien de plus que de mettre la main dessus. Ou du moins c’est ce que l’opinion communément admise, et beaucoup d’officiels israéliens, pourraient croire.
 « Même après la signature de l’accord nucléaire, l’Iran n’a pas renoncé à son aspiration à obtenir l’arme nucléaire », a déclaré en janvier le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Mais François Heisbourg, un expert français renommé en dissuasion nucléaire et prolifération, affirme que Téhéran n’est pas en ce moment sur le point de franchir le seuil nucléaire, et ne cherchera probablement même pas à le faire après la fin de l’accord nucléaire, dans 15 ans.
Plutôt, a-t-il expliqué, le régime se contente (et se contentera probablement) de ce qu’il appelle une « dissuasion suspendue ». 

Pour lire ce long et passionnant entretien publié sur le site du "Times of Israël" le 6 février 2016, aller :



Times of Israël, 6 février 2016

20 mars 2017

Nucléaire iranien, quoi et où ?



Une carte vaut mieux qu'un long discours : celle-ci est tirée de l'article de Wikipedia, à lire sur ce lien

On réalise, en la lisant, un certain nombre d'éléments qui ont du sérieusement freiner les ardeurs de ceux qui - en Israël ou aux États-Unis - imaginaient des frappes aériennes pour stopper le programme nucléaire de l'Iran :

1.    Le pays est très étendu, et le programme nucléaire s'articule sur plusieurs sites, dispersés sur son territoire et quasi impossibles à attaquer simultanément.
2.    Ceci ne comprend pas, bien entendu, les sites secrets qui doivent être également nombreux.
3.    On le sait, un des principaux sites (Fordow) est souterrain et fortement protégé contre des bombardements.
4.    Sites d'enrichissement de l'Uranium, primaire à partir du minerai (Ispahan), puis par centrifugeuses pour obtenir la matière fissile (Fordow et Natanz) ; sites de recherche ; site de production d'eau lourde, avec le projet de réacteur plutonigène d'Arak : le programme iranien était complexe et parfaitement conçu, et il témoigne d'une grande capacité scientifique et technologique.  

A propos d'Arak, je vous invite aussi à lire ou relire mon article sur la filière oubliée de la bombe iranienne, publié sur "Temps et Contretemps".

J.C

19 mars 2017

Le marché halal, l'invention d'une tradition ? Florence Bergeaud-Blackler sera mon invitée le 26 mars



Nous allons aborder dimanche prochain un sujet dont nous n'avons encore jamais parlé dans cette série, "Rencontre", consacrée au monde musulman. J'ai en effet intitulé cette émission "Le marché halal, l'invention d'une tradition ?", c'est presque le titre exact d'un livre publié aux éditions du Seuil, et j'aurai le plaisir de recevoir pour en parler son auteur, Florence Bergeaud-Blackler. Florence Bergeaud-Blackler est anthropologue, chargée de recherche au CNRS  à l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, Université d'Aix Marseille. Ecrit par une spécialiste de ce sujet depuis vingt ans, ce livre est une somme extrêmement dense qui, en un peu plus de 250 pages, fait vraiment le tour de ce domaine si mal connu et qui a pris une importance considérable en quelques décennies. Il faut vraiment acheter et lire cet ouvrage, parce que tous les aspects, historique, religieux, technique, juridique, sociologique et même politique sont passés en revue à travers le prisme du Halal.

Parmi les questions que je poserai à Florence Bergeaud-Blackler :

-        Pourquoi le titre de votre livre "le marché halal ou l'invention d'une tradition" ? L'islam existe depuis 14 siècles, dans le fond que signifiait le halal en tant que norme alimentaire pour les populations musulmanes, dans leurs pays ou en dehors ? Et que réclame vraiment la tradition islamique au niveau des textes religieux ?
-        Votre livre donne une date charnière, 1979 avec la révolution islamique en Iran et l'imposition par ce pays d'un abattage rituel pour la viande importée des pays occidentaux. Que s'est-il passé ensuite ? Il y a eu ensuite une évolution des populations musulmanes en Europe, avec la  réunification familiale : quel impact cela a t-il eu en parallèle ?
-        Vous présentez dans un chapitre intitulé "Un marché sans norme", comment s'est développé le marché de la viande halal en France au tournant du siècle dernier. On est parti de pratiquement rien, et il a fallu que l'Etat définisse des règles qui n'étaient pas de son ressort, puisqu'il n'a pas en principe à se mêler de religion. Où en sommes-nous ?
-        Le manque de normalisation, que votre livre décrit pour la France, existe bien sûr au niveau international ; et définir une norme et l'imposer est devenu un objectif prioritaire pour les mouvances islamistes. Quel a été le rôle des grands Etats musulmans ? Et pourquoi la Malaisie a t'elle eu une importance stratégique en matière de Halal ?
-        Quel a été le rôle des géants de l'agro alimentaire ? Quel a été celui des instances internationales comme l'ISO pour la normalisation, est-ce que des définitions concurrentes de la norme halal se sont opposées ?
-        Votre livre évoque aussi les Frères Musulmans, et leur action pour s'imposer en matière de Halal, comment interviennent-ils en France pour jouer le rôle de groupe de pression ?
-        Comment expliquer le succès phénoménal du site "Al Kanz", qui est devenu une référence pour dénoncer "le faux Halal" ?

Un sujet nouveau, et surtout très mal connu par le grand public : j'espère que vous vous y intéresserez aussi, et que vous serez nombreux à l'écoute !

J.C