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26 février 2017

Les pays arabes portent plainte auprès de l’ONU contre l'Iran alors la Russie s’apprête à vendre des armes à Téhéran



Les pays arabes ont adressé une lettre à l’ONU pour exprimer leurs inquiétudes face à la politique expansionniste de l’Iran dans la région. La lettre de 11 pays condamne le rôle joué par l’Iran dans le conflit yéménite à travers l’entrainement des "putschistes" houthis et leur approvisionnement en armes. La lettre est signée par les Emirats Arabes Unis, les pays du conseil de coopération des pays du golfe ainsi que l’Égypte, la Jordanie, le Soudan et le Yémen.
Le Maroc, a également apposé sa signature, aux côtés de 10 autre pays, sur cette lettre qui accuse Téhéran de parrainer des groupes terroristes dans la région arabe.
La correspondance rédigée à l’attention du président de la 71ème assemblée générale des Nations Unies Peter Thomson a été distribuée sur l’ensemble des pays des Nations Unies.
Les pays arabes rappellent que la Constitution de l’Iran appelle à l’ « exportation de la révolution islamique » au-delà de ses frontières et que la république islamique soutient le terrorisme à travers le Hezbollah au Liban et en Syrie, les Houthis au Yémen et d’autres cellules terroristes au Bahreïn, l’Irak, l’Arabie Saoudite et le Koweït.

La Russie et l'Iran discutent d'un accord de 10 milliards de dollars d'armes

Pendant ce temps, une information vient d’attiser l’inquiétude des pays arabes de la région. Selon l’agence Reuters, la Russie et l'Iran négocient un contrat d'armement d'un montant de 10 milliards de dollars par lequel Moscou livrerait à Téhéran des chars T-90, des systèmes d'artillerie, des avions et des hélicoptères, a indiqué un responsable russe cité par l'agence de presse RIA, lundi.
Viktor Ozerov, président de la commission de la Défense et de la Sécurité du Conseil de la Fédération, la chambre haute du parlement russe, a précisé que ces discussions ont eu lieu lors d'une visite parlementaire en Iran, précise RIA.

Iran Focus, 14 novembre 2016

24 février 2017

«Washington a donné les clefs de l’Irak à l’Iran»

Myriam Benraad

La chercheuse Myriam Benraad analyse l'enjeu de la présence iranienne aux côtés de l'armée irakienne et des milices dans la reconquête de Tikrit, contrôlé par l'Etat islamique.

Depuis trois jours, les forces gouvernementales irakiennes ont lancé une vaste offensive dans les environs de Tikrit, une ville à mi-chemin entre Bagdad et Mossoul tombée en juin aux mains de l’Etat islamique. Appuyées par des miliciens chiites et des tribus sunnites, les forces armées, composées d'environ 30 000 hommes, étaient à plus d’une vingtaine de kilomètres de la ville mercredi.
Spécialiste de l’Irak et du monde arabe, la politologue Myriam Benraad (photo DR), chercheuse associée au CERI-Science-Po de Paris vient de publier Irak, la revanche de l’histoire (éd. Vendémiaire). Elle analyse les enjeux de cette offensive et de la présence de l'Iran aux côtés des Irakiens.

Pourquoi cette opération ?

C’est une préparation pour la grande offensive programmée pour avril-mai sur Mossoul, la grande ville sunnite du nord prise par l’Etat islamique en juin. Bastion sunnite et ville natale de Saddam Hussein, Tikrit est à mi-chemin entre Bagdad et Mossoul. Il y a une évidente logique stratégique dans cette opération menée par l’armée irakienne et les milices chiites encadrées par l’Iran. L’implication directe des forces iraniennes n’est pas nouvelle. Elles furent les premières à aider les Kurdes en août, quand l’Etat islamique menaçait leur capitale, Erbil. Elles ont également aidé dans les opérations de la région de Diyala (est). Ce soutien donne une supériorité militaire aux milices chiites, qui ont en outre largement infiltré l’armée. Cette dernière est donc considérée par la majorité des sunnites de ces régions comme une force d’occupation et ils craignent les représailles.

La reconquête doit être autant politique que militaire ?

Bien sûr. La reconquête de villes comme Tikrit et Mossoul sera difficile mais, si elle n’est que militaire, elle sera de courte durée et ne fera qu’aggraver la fracture confessionnelle. Quelle que soit leur exaspération face à l’Etat islamique, la majorité des sunnites préfère encore le règne obscurantiste de ces jihadistes à un retour des milices chiites et à leurs exactions. S’il n’y a pas une relance du processus politique et l’instauration d’un nouveau leadership sunnite, le gouvernement central dominé par les chiites ne pourra tenir ces régions. Or, pour le moment, il n’y a pas, au sein de la communauté sunnite, de véritable alternative à l’EI même si, dans les zones reconquises, Bagdad mettra sur le devant de la scène des officiers sunnites de l’armée et s’appuiera sur les tribus. Mais leur légitimité n’est pas très grande.

Après l’autoritarisme sectaire chiite de Maliki, le gouvernement dirigé par Haïdar al-Abadi n’a-t-il pas incarné un tournant ?

Il est en effet beaucoup plus ouvert que son prédécesseur et il comprend la nécessité d’un réel partage du pouvoir avec les sunnites. Mais il subit de fortes pressions au sein même du camp chiite, aussi bien de la part des milices – dont il a besoin pour affronter l’EI –, de ses alliés politiques à Bagdad que de la part de l’Iran qui, du fait de son engagement militaire croissant sur le terrain, considère avoir désormais un droit de regard sur la composition du gouvernement et les affaires intérieures irakiennes.

Que veut Téhéran et quelles sont les conséquences de son implication ?

L’Iran mène clairement en Irak une politique de puissance cherchant à étendre ses canaux d’influence et à prendre le contrôle de ce pays. Cela s’est encore accru avec le prétexte de la lutte antiterroriste contre l’Etat islamique. Il faut en finir avec une vision manichéenne des choses, qui donne à la République islamique le beau rôle face à l’EI. De son côté, la politique des Etats-Unis n’est pas moins cynique. L’administration Obama a pris acte que l’Irak est sous domination chiite et préfère donner les clefs de l’Irak à l’Iran plutôt que de devoir faire face au chaos et à une extension de l’EI. En outre, les Etats-Unis ne veulent pas devoir à nouveau s’engager dans ce bourbier et, sur ce point, l’implication croissante de l’Iran les arrange. D’où d’ailleurs aussi l’insistance de Washington pour trouver un accord avec Téhéran sur le programme nucléaire. Les Américains sont très conscients que les bombardements de la coalition n’ont des effets que très limités. Sans l’engagement au sol des combattants formés et encadrés par Téhéran, il est impossible de récupérer les territoires passés sous le contrôle de l’EI. Mais c’est un calcul à très courte vue. Cette stratégie est en train de recréer les conditions pour une reprise sur une vaste échelle de la guerre civile confessionnelle de la décennie précédente. Et par là même d’un retour en force d’un EI ou d’un groupe équivalent s’il était défait militairement dans les prochains mois. L’engagement de l’Iran ne fait qu’alimenter et crédibiliser les discours des groupes les plus radicaux du camp sunnite.

Marc Semo,
Libération, 4 mars 2015

Nota de Jean Corcos :

Cet article date de deux ans ; Tikrit a depuis été libérée, et la reconquête de Mossoul a commencé. Mais j'ai tenu à le reprendre dans ces "mois de l'Iran" car les termes de l'équation n'ont pas changé : pour réduire l'Etat Islamique en Irak, les Américains ont besoin de l'Iran. Cyniquement, ils avaient déjà abandonné les Sunnites, ce qui est - largement - à l'origine du succès de l'E.I. Les Chiites dominent à Bagdad, et ceci est le résultat des incohérences successives des administrations G.W Bush et Obama. Donald Trump changera-t-il cela ? J'en doute fortement.

23 février 2017

L'Iran vu par des sites arabes ...


Le sourire du mois
- février 2017

Un Ayatollah dont le turban est orné d'un drapeau iranien, oui il s'agit bien de la République Islamique ... Un baby-foot ayant une forme étrange que vous avez déjà vue sur des atlas, oui il s'agit bien du monde arabe. Il est donc inutile de commenter davantage ce dessin de presse.
Une recherche "Google images" révèle qu'elle provient du site "Ansar-allah.net", d'idéologie probablement salafiste. On la retrouve d'ailleurs dans un grand nombre d'autres sites arabes, et cela démontre en tout cas que, au delà du Daech et de ses tueurs, l'Iran n'a pas bonne presse dans ces pays ! 

J.C

22 février 2017

L'Iran, Dieudonné et l'extrême droite (2/2)




Avril 2010: l'ambassadeur d'Iran rencontre l'extrême droite radicale

Dans ces conditions, comment pourrions-nous nous étonner de ce qui se trame en France? L'information avait été révélée par le blog des droites extrêmes (14.04.2010). Des militants ou des chefs de groupes et groupuscules d'extrême droite rencontrent l'ambassadeur de la République islamique d'Iran. Lors de cette rencontre, Seyed Mehdi Miraboutalebi, dit vouloir "approfondir les relations entre les deux peuples [...] parce que les médias injectent des idées préconçues dans les opinions publiques [sur l'Iran]". Il se prête alors à un jeu de questions réponses dans un bar parisien du Vème arrondissement tenu par un ex-militant du Renouveau français, ex-colistier de la liste antisioniste de Dieudonné, très proche des hooligans du PSG et des ultranationalistes serbes. Et cette étrange causerie est organisée par le journal Flash, bimensuel d'une extrême droite qui se veut altermondialiste et dans lequel écrivent, entre autres, Christian Bouchet, membre du Front national (FN) depuis 2008, l'écrivain, chroniqueur politique Philippe Randa et l'essayiste Alain Soral. Dans la salle se trouvent Marc George, ex-secrétaire général d'Égalité et Réconciliation, association politique fondée en juin 2007 par son président Alain Soral ; Jacques Bordes, un nationaliste-révolutionnaire proche de feu François Duprat, très introduit dans certains cercles du Proche-orient ; Thomas Werlet, le chef du Parti solidaire français, un groupuscule d'extrême-droite; Pierre Panet, un ami de Dieudonné et auteur d'un texte intitulé "Faurisson, un humaniste". A noter que depuis cette date, le Parti Solidaire Français de Thomas Werlet a été reçu avec les honneurs par Mohammad Husseini le ministre de la culture d'Ahmadinejad.
Bref, cette brochette, rassemblée autour de l'ambassadeur d'Iran, révèle la collusion d'idées qui rapproche certains groupes antisémites et/ou d'extrême-droite, apparemment désireux de travailler avec l'ambassade d'Iran. Quant à leur ambassadeur, cela ne lui pose aucun problème. Il scelle ainsi une alliance entre islamistes, antisionistes et antisémites, négationnistes et/ou militants d'extrême droite. Parmi les "personnalités" les plus emblématiques, arrêtons-nous sur une figure qui donne corps à certaines collusions. Dans le sillage de Dieudonné, on voit revenir sans cesse un nom: Yahia Gouasmi. L'homme qui l'a accompagné en Iran et qui préside le Parti antisioniste, le centre Zahra et la Fédération des chiites de France est un proche de Dieudonné M'bala M'bala. Un Gouasmi qui permet à Dieudonné de rencontrer en novembre 2009, le Président de la République islamique d'Iran. Selon le site Internet du parti antisioniste, l'entretien a duré une heure, et a permis d'aborder de nombreux sujets, dont le sionisme...
Depuis cette date, des représentants de l'extrême droite française on fait de nombreux voyages en Iran. Citons parmi ceux-là: Yahia Gouasmi, Dieudonné M'Bala M'Bala, Maria Poumier (universitaire proche de Roger Garaudy) et Ginette Hess-Skandrani ou plus récemment l'écrivain conspirationniste Thierry Meyssan, ainsi que le négationniste Paul-Éric Blanrue (auteur d'un film à la gloire du négationniste Robert Faurisson) et d'une pétition en faveur de la libération de Vincent Reynouard, un (autre) militant négationniste. Ces deux derniers personnages ont fait partie en 2011 des invités officiels du 29e festival du film "Fajr" de Téhéran (festival du film annuel de l'Iran).

Et l'argent des iraniens ?

Le 3 avril 2013, sur le site internet www.agoravox.tv, a été mise en ligne une vidéo, préalablement elle-même mise en ligne sur le site Dailymotion, relatant une interview d'Alain Soral, au cours duquel ce dernier indique que la liste électorale de ce parti dont le coût aurait été de trois millions d'euros, a été financé par l'Iran et qu'à défaut de la réception de ce financement, le parti n'aurait pu présenter de candidats aux élections: "Si on a pu faire la liste antisioniste qui a coûté 3 millions d'Euros, c'est parce qu'on a eu l'argent des iraniens. Il faut le dire, il fait être honnête. Si on ne l'avait pas eu, on n'aurait pas pu le faire, on n'a pas trois millions d'euros. Surtout qu'on les a perdus. Parce que pour être remboursé, il fallait faire 5% au minimum" explique à l'antenne Alain Soral.

Les dernières initiatives

Avant dernière initiative à mentionner, l'organisation d'une conférence sur les théories conspirationnistes qui a rassemblé à Téhéran (27 septembre - 1er octobre 2014), les mêmes personnes: Thierry Meyssan, Thomas Werlet, le caricaturiste antisémite proche d'Alain Soral, Joe Lecorbeau, Maria Poumier, Alain Soral et Dieudonné (MEMRI, 14 octobre 2014).
Dernière initiative à mentionner, la création d'un méga site sur Internet pompeusement intitulé « axe de la résistance » (antisioniste) qui serait l'œuvre des iraniens et qui présentent toute cette mouvance et parle régulièrement de tout ce petit monde. Selon certains spécialistes, ce site serait en lien avec Newscaster. Newscaster? Qu'est-ce donc? Newscaster est une opération de collecte d'informations fermées (cyber-espionnage) dirigée par des iraniens contre des officiers supérieurs de l'armée américaine, des décideurs, des journalistes, des parlementaires américains, israéliens, britanniques et saoudiens. C'est ainsi que plus de 2000 personnes se sont connectées au faux réseau d'information NewsOnAir depuis 2011 et ont été piégées par des charges virales transmises par le site. Une fois les comptes des cibles hackés, des programmes furtifs de collecte et d'exportation de données ont été installés sur leurs machines (Cyberland, 4 juin 2014). A ce petit jeu, un amiral 4 étoiles de la Navy et des personnels d'ambassades font partie des victimes de l'agression.
Bref, nous le voyons ici, s'il est intéressant de s'interroger sur les liens qui unissent la Russie à l'extrême droite, il convient aussi de ne pas ignorer comment et pourquoi Robert Faurisson, Dieudonné M'bala m'bala, Alain Soral ou Thomas Werlet entretiennent une si profonde relation avec le régime des Mollahs. Il s'agit là, à n'en point douter d'une vraie histoire d'amour sur fond d'antisémitisme crasse, et d'un... j'irai cracher sur vos tombes permanent.

Marc Knobel,
Le Huffington Post, 3 novembre 2014